Pau, ville de balcon : pourquoi on y regarde le monde un peu plus loin qu'ailleurs

Ici, un simple coup d'oeil vers la chaine suffit souvent a remettre de l'ordre dans les idees.

A Pau, on a un privilege discret : on peut lever les yeux et tomber sur les Pyrenees comme d'autres tombent sur une vitrine. Cela ne fait pas de nous des princes, n'exagerons rien, mais cela donne a la ville une maniere bien particuliere de regarder le monde. Un peu plus loin, un peu plus haut, et souvent avec davantage de calme que les gens qui confondent vitesse et importance.

On a souvent resume Pau a son boulevard, a ses palmiers, a son air de ville elegante qui prend le soleil sans faire de vacarme. C'est vrai, bien sur. Mais Pau n'est pas seulement jolie. Pau regarde. Elle observe. Elle prend du recul. Elle vit avec une ligne d'horizon qui lui rappelle tous les jours que la beaute n'est pas une decoration : c'est une education.

Une ville qui apprend la distance juste

Le mot balcon n'est pas la pour faire chic. Il dit quelque chose de tres concret. Depuis Pau, on domine le gave, on embrasse les coteaux, on lit les saisons sur la chaine, et l'on comprend vite que le paysage n'est pas un fond d'ecran. Il commande les humeurs, apaise les coleres, remet les egos a leur place. Face aux montagnes, meme le plus bavard des Palois finit par faire une phrase plus courte.

Cette distance juste se retrouve dans la ville elle-meme. Pau n'a pas la brutalite des villes qui se croient obliges de vous convaincre a chaque coin de rue. Elle se livre a son rythme. Une facade du XIXe, une terrasse qui prend son temps, une rue qui descend trop vite vers le Hedas : tout cela compose une ville qui prefere la tenue au tapage. Et mine de rien, cela forme un caractere.

Le boulevard, bien sur, mais pas seulement

On parlera toujours du boulevard des Pyrenees, et on aura raison. C'est le clou du spectacle, la loge officielle du pays, la promenade ou les visiteurs font semblant d'etre surpris alors qu'ils esperaient exactement cela. Mais si l'on veut comprendre Pau, il faut quitter un peu la rambarde. Il faut voir les rues qui montent, les places tranquilles, les halles du matin, les quartiers ou la ville se raconte autrement.

Trespoey n'a pas le meme souffle que le centre ancien. Le Hedas ne parle pas comme le quartier du chateau. L'universite, les allees, les zones plus recentes : chaque morceau de Pau a sa musique. Et pourtant, il y a un air commun. Une facon de ne jamais etre tout a fait presse. Une retenue qui n'est pas de la froideur, plutot une politesse du temps.

Un balcon tourne vers le monde

Pau ne regarde pas seulement ses montagnes. Elle regarde aussi au-dela. L'histoire anglaise de la ville, les hivernants, l'hippodrome, les villas et les jardins ont donne a Pau une petite habitude du vaste. On a longtemps accueilli du monde, et l'on garde de cela un melange de curiosite et de reserve. On sait recevoir, mais sans se mettre en quatre comme un hotel qui guette sa note.

C'est peut-etre pour cela que Pau produit tant d'attachement chez ceux qui y restent plus que prevu. On y vient pour une etape, pour des etudes, pour un travail, et l'on s'apercoit qu'on a pris des habitudes. Un cafe au soleil de mars. Une marche sur le boulevard quand l'air est net. Un passage aux halles. Une discussion qui traine. Puis un jour, sans meme s'en rendre compte, on dit "chez nous". C'est le genre de piege que l'on pardonne volontiers.

La montagne au bout des yeux, le reel sous les pieds

Le plus beau, a Pau, c'est peut-etre cet equilibre. La ville reve un peu, grace a la chaine. Mais elle garde les pieds dans la vie ordinaire. On travaille, on court, on fait ses courses, on peste contre un rond-point, on parle rugby, on regarde la pluie arriver. Le balcon n'a rien d'une fuite hors du monde. Il aide simplement a mieux l'habiter.

Alors oui, Pau est une ville de balcon. Mais un balcon habite, un balcon qui sent le cafe, la pluie claire, la pierre chaude et le vent du sud. Un balcon ou l'on apprend a voir plus loin sans devenir flou. Et franchement, pour commencer la journee, il y a des educations plus mauvaises.

Sources

  • Memoire locale paloise et observation du paysage urbain
  • Histoire des hivernants et du developpement de Pau au XIXe siecle
  • Chroniques precedentes d'Eder sur Pau, son boulevard et ses quartiers