Patrimoine | Pau
Le funiculaire de Pau : trois minutes pour changer d’étage et d’époque
Entre la gare et le boulevard des Pyrénées, deux cabines prouvent depuis 1908 qu’on peut résoudre un problème de dénivelé avec élégance, économie et juste ce qu’il faut de lenteur.
À Pau, le voyageur qui sort de la gare découvre assez vite que la ville a choisi de vivre au-dessus de ses moyens — géographiques, entendons-nous. Le centre, la place Royale et les grands hôtels historiques sont posés sur le plateau ; les rails, eux, restent près du gave. Entre les deux, notre funiculaire grimpe à travers les palmiers. Trois minutes suffisent pour passer du quai au panorama. Certaines villes dressent un escalier monumental pour impressionner le visiteur ; nous lui offrons une cabine gratuite et nous gardons notre souffle pour admirer les Pyrénées.
Une ville haute, une gare basse et des hivernants bien chaussés
Le premier train arrive à Pau en 1863. La gare est installée en fond de vallée, tandis que la ville de villégiature se développe sur l’éperon rocheux. Les riches visiteurs venus goûter le climat palois doivent rejoindre les hôtels de la place Royale par une montée peu compatible avec les malles, les longues robes et l’idée que l’on se faisait alors du confort.
Le boulevard des Pyrénées, achevé à la charnière des XIXe et XXe siècles, renforce encore le besoin d’une liaison directe. Plusieurs solutions sont étudiées. Le projet à voie unique de Jean Bonnamy est retenu en 1905, et le 15 février 1908, à sept heures, les premiers passagers montent à bord. Le billet coûte dix centimes et le départ est annoncé par une corne de brume. Pour parcourir quelques centaines de mètres, Pau avait déjà compris l’importance de l’entrée en scène.
Deux cabines qui se rendent service
Le principe est d’une simplicité presque morale : la cabine qui descend aide à tirer celle qui monte. Le moteur électrique donne l’impulsion nécessaire lorsque l’équilibre ne suffit pas. Les deux véhicules partagent une voie unique qui se dédouble à mi-parcours pour leur permettre de se croiser.
Chaque cabine accueille trente voyageurs répartis dans quatre compartiments. Le trajet traverse la palmeraie, longe le Pavillon des Arts et débouche au pied du boulevard. Ce n’est ni un manège ni une pièce de musée immobile : le funiculaire appartient au quotidien. Habitants, voyageurs, chiens et vélos y partagent le même petit voyage vertical, gratuitement depuis 1978.
Il a failli disparaître, donc les Palois l’ont adopté
Le fonctionnement a connu plusieurs interruptions au cours du XXe siècle. En 1970, l’installation vieillissante ferme pour des raisons de sécurité et son démontage est envisagé. Le funiculaire reprend finalement du service en 1978 après rénovation. Comme souvent chez nous, il a fallu menacer une vieille chose utile pour que chacun mesure combien il y tenait.
Le Pavillon des Arts et les éléments constitutifs du funiculaire — rotonde, tour, mécanisme et viaduc — sont inscrits au titre des monuments historiques depuis 2023. La protection reconnaît un ensemble urbain remarquable : une architecture de pente qui relie la gare, la ville haute et le grand balcon sur la chaîne.
En 2026, une grande inspection avant le retour sur les rails
Le funiculaire fait actuellement l’objet d’une inspection décennale approfondie. Les principaux composants des véhicules ont été démontés et contrôlés ; les cabines ont retrouvé les rails à la fin de l’été, mais les derniers essais doivent précéder la remise en service, annoncée pour la mi-octobre 2026 par l’Office de tourisme.
Pendant cette fermeture, une navette électrique assure la liaison depuis le pôle d’échange multimodal. On peut également emprunter l’ascenseur du Conseil départemental, les sentiers du Roy ou le réseau de bus. Le funiculaire se repose donc, mais la ville n’a pas déplacé son plateau pour autant.
Le conseil d’Eder : prenez-le aussi dans le sens de la descente
À la réouverture, beaucoup l’emprunteront pour éviter la montée depuis la gare. C’est très raisonnable. Mais le trajet descendant mérite autant l’attention : la cabine quitte le boulevard, plonge doucement dans la palmeraie et laisse la ville se retirer au-dessus des arbres. Trois minutes plus tard, le gave et les rails reprennent leur place.
Ce petit appareil raconte Pau mieux qu’un long discours. Il associe la Belle Époque et les déplacements quotidiens, le patrimoine et le service public, le panorama et la mécanique. Surtout, il rappelle qu’ici nous avons toujours préféré dompter la pente sans faire trop de bruit. Les Pyrénées se chargent déjà du spectacle.