Jean-Michel Larqué, de Bizanos au grand théâtre du football

Avant le brassard des Verts, Glasgow et les micros, il y eut un petit stade palois, une famille au bord du terrain et un gamin de Bizanos qui savait déjà où envoyer le ballon.

Portrait dessiné de Jean-Michel Larqué reliant un terrain de football palois de son enfance, son brassard vert et un micro de commentateur.

La France connaît la voix. Elle reconnaît le ton, la phrase qui tranche et cette manière de repérer une faute de placement avant que le ralenti ait fini de se charger. Nous autres, ici, pouvons ajouter le décor d’origine. Jean-Michel Larqué est né à Bizanos le 8 septembre 1947 et a grandi dans le football palois de la Jeanne d’Arc Le Béarn. Avant de devenir capitaine de Saint-Étienne puis professeur de ballon à la télévision et à la radio, il fut un enfant du pays presque né au bord de la pelouse. Cela explique peut-être pourquoi il a toujours parlé du jeu comme d’une affaire sérieuse : chez les Larqué, le stade n’était pas un spectacle du dimanche, c’était une pièce de la maison.

À la JAB, le football comme affaire de famille

Jean-Michel Larqué a raconté que sa grand-mère gardait le stade de la JAB de Pau, que son père dirigeait le club et que la famille entière vivait au rythme du ballon. Il commence à s’entraîner très jeune, bien avant l’âge des premières licences. Le football ne vient donc pas frapper à sa porte : il habite déjà là.

Cette enfance dit beaucoup du sport amateur d’alors. On apprend sur un terrain entretenu par des bénévoles, entouré de parents, d’éducateurs et de figures du quartier. Le futur international y reçoit plus qu’une technique. Il y découvre la responsabilité, le goût du collectif et la valeur de ceux qui tracent les lignes avant que les joueurs arrivent. Les grands clubs aiment raconter qu’ils fabriquent les champions ; ils oublient parfois que les premières fondations ont été coulées ailleurs, souvent sans caméra.

Le concours de 1964 et la route vers Saint-Étienne

En 1964, à seize ans, Larqué remporte le concours national du jeune footballeur à Colombes. La Fédération française de football conserve son nom au palmarès de cette épreuve de détection. Pierre Garonnaire, recruteur de l’AS Saint-Étienne, le remarque et l’invite dans le Forez.

Le jeune Béarnais hésite encore entre les études pour devenir professeur d’éducation physique et l’avenir incertain du football professionnel. Il rejoint finalement Saint-Étienne en 1966. Dès sa première saison, il est champion de France. Les débuts auraient pu être plus discrets, mais chacun sait que la modestie béarnaise consiste surtout à réussir beaucoup sans réclamer qu’on sonne les cloches trop tôt.

Le numéro 8 qui pense avant les autres

Larqué passe plus de onze saisons sous le maillot vert et devient capitaine à partir de 1970. Milieu de terrain technique, organisateur et spécialiste des coups francs, il est présenté par l’ASSE comme la tête pensante de l’équipe de Robert Herbin. Son palmarès stéphanois compte sept titres de champion de France et trois Coupes de France. Il porte aussi le maillot de l’équipe de France.

Un geste résume son élégance : sa reprise de volée en finale de la Coupe de France 1975 contre Lens. Un autre résume son autorité : le coup franc qui remet Saint-Étienne à hauteur du Dynamo Kiev en quart de finale européen, en mars 1976. Les Verts renversent ce soir-là l’équipe d’Oleg Blokhine et poursuivent leur route jusqu’à Glasgow.

Glasgow, les poteaux et une défaite devenue patrimoine

Le 12 mai 1976, Larqué conduit les Verts en finale de la Coupe des clubs champions face au Bayern Munich. Saint-Étienne s’incline 1-0. Les poteaux carrés de Hampden Park entrent dans la légende nationale et l’équipe vaincue descend les Champs-Élysées comme si elle avait rapporté davantage qu’une coupe.

Cinquante ans plus tard, l’ASSE célèbre encore cette épopée. Larqué lui-même souligne combien elle a transformé la vie de ses acteurs. Il faut dire que cette équipe a offert au football français un récit collectif avant que les chaînes sportives n’en fabriquent chaque semaine. Le capitaine venait de Bizanos ; nous ne prétendrons pas que cela explique tout. Seulement une part raisonnable de la lucidité, du coup franc et de l’obstination.

Du terrain au micro, toujours placé pour distribuer

Après Saint-Étienne, Larqué joue notamment au Paris Saint-Germain et au Racing Club de Paris, avant de construire une seconde carrière dans les médias. À la télévision puis à la radio, il devient l’un des consultants les plus identifiables du football français. Son long compagnonnage avec Thierry Roland installe un duo dont les commentaires accompagnent plusieurs générations de téléspectateurs.

Le joueur distribuait le jeu ; le commentateur distribue les explications et, lorsque nécessaire, quelques reproches. Son jugement peut agacer, comme tous les jugements formulés clairement. Mais il repose sur une idée simple : le football mérite d’être regardé avec précision. Derrière les effets de voix demeure le garçon formé dans un club amateur, habitué à penser que le placement, le travail et le respect du jeu ne sont pas négociables.

Un fil jamais rompu avec le football d’en bas

Larqué ne s’est pas contenté de commenter les professionnels. Il a créé et accompagné des stages destinés aux jeunes joueurs ; l’AS Saint-Étienne rappelle aujourd’hui encore que ses stages officiels ont été instaurés par son ancien capitaine. Il s’est également engagé longtemps avec le Variétés Club de France et dans le football associatif.

Ce fil relie le sommet européen au terrain des débuts. La transmission n’est pas une jolie conclusion ajoutée après carrière : elle prolonge l’éducation reçue dans le club familial. On peut quitter le Béarn pour le Forez, Paris et les grandes cabines de commentaire sans oublier ceux qui gonflaient les ballons.

Le mot d’Eder

Jean-Michel Larqué appartient à Saint-Étienne, au football français et à tous ceux qui ont appris le jeu en l’écoutant. Mais son histoire commence ici, entre Bizanos et Pau. Voilà pourquoi il ouvre naturellement notre rubrique « Les gens d’ici ». Nous n’allons pas annexer tous les trophées des Verts au patrimoine béarnais — Saint-Étienne pourrait trouver la plaisanterie un peu forte. Nous rappellerons simplement qu’avant de devenir leur capitaine, il avait appris chez nous à lever la tête.

Sources