Les gens d’ici | Vie publique
François Bayrou, Pau chevillée au cœur
Les Palois lui ont retiré l’écharpe en 2026. Ils ne pourront pas retirer de son histoire Bordères, les Pyrénées ni cette obstination à prononcer le nom de Pau partout où les micros se tendaient.
Il existe des hommes dont on peut dire le nom au marché sans interrompre la conversation. François Bayrou n’en fait pas partie. À peine les deux mots sont-ils prononcés que chacun redresse sa chaise, retrouve une vieille colère, un souvenir de campagne ou une admiration qu’il croyait soigneusement rangée. L’homme divise. Il le sait, et il a parfois donné l’impression d’y trouver la preuve qu’il comptait. Mais depuis qu’il n’est plus maire de Pau, une autre question peut enfin se poser avec un peu de recul : que reste-t-il de son passage, au-delà du bulletin de vote ?
Un enfant de Bordères qui n’a jamais rangé le Béarn au rayon des souvenirs
François Bayrou est né le 25 mai 1951 à Bordères, dans une famille d’agriculteurs. Son père, Calixte, fut aussi maire du village. Cette origine n’est pas devenue chez lui une jolie anecdote de biographie, ressortie les jours de fête avec le béret de circonstance. Elle a structuré son récit politique, son goût de l’histoire et jusqu’à sa manière de parler de la France depuis un pays qui fut longtemps souverain.
Agrégé de lettres classiques, passionné par Henri IV auquel il consacra un livre remarqué, il a souvent porté dans le débat national une chose assez rare : l’idée que l’on pouvait regarder Paris sans lui demander l’autorisation d’aimer sa province. Le Béarn n’était pas son décor. C’était son point de départ, son refuge et, reconnaissons-le, une bonne part de son personnage.
Vingt-cinq ans pour conquérir Pau, douze pour la transformer
François Bayrou a longtemps désiré la mairie de Pau avant de la gagner en 2014. Il y fut réélu en 2020, puis battu le 22 mars 2026 par Jérôme Marbot, avec 344 voix d’écart. Douze années de mandat se sont ainsi achevées d’un coup, comme savent le faire les élections : beaucoup de travail, quelques certitudes, puis des enveloppes comptées une par une.
Son bilan municipal sera discuté longtemps, et c’est normal. Les Halles rénovées, le pôle culturel du Foirail, le Fébus à hydrogène, le stade du Hameau ou les façades du centre-ville ont changé le visage de Pau. Les opposants parleront du coût, des priorités et d’une méthode trop verticale ; les soutiens verront un maire bâtisseur qui refusait de laisser la ville s’assoupir devant sa belle vue. Les deux lectures peuvent cohabiter. Une ville n’est pas un tract : elle garde les pierres, les usages et les factures.
L’homme qui voulait être ici et ailleurs
Sa singularité fut de ne jamais choisir tout à fait entre Pau et Paris. Député, ministre de l’Éducation nationale, candidat à l’Élysée, président du MoDem puis Premier ministre, il a occupé la scène nationale sans abandonner longtemps la place Royale. Cette double présence a fasciné autant qu’elle a irrité. Certains Palois y voyaient une chance pour la ville ; d’autres se demandaient si leur maire pouvait vraiment avoir deux bureaux et une seule journée de vingt-quatre heures.
Il reste que cette exposition a fait circuler le nom de Pau. Dans les journaux, les portraits, les campagnes présidentielles et jusque dans les couloirs de Matignon, Bayrou est demeuré le Béarnais. Il parlait des Pyrénées, de la langue, d’Henri IV, de son village et de sa ville avec une constance que ses adversaires eux-mêmes auraient du mal à qualifier de feinte.
On peut aimer le pays sans aimer tout ce que fait l’homme
Il serait malhonnête de transformer aujourd’hui François Bayrou en figure consensuelle sous prétexte qu’il a quitté la mairie. Ses alliances, ses choix nationaux, son exercice très personnel du pouvoir et les controverses qui ont accompagné ses dernières années ont profondément heurté une partie du pays. Sa défaite de 2026 ne fut ni un accident météorologique ni un caprice des urnes : elle a exprimé une volonté d’alternance.
Mais juger un parcours n’oblige pas à tout aimer ou à tout rejeter en bloc. On peut contester l’élu et reconnaître l’attachement de l’homme. On peut discuter une politique et admettre qu’il a donné à Pau une place qu’une ville de cette taille n’obtient pas toujours. Chez nous, le désaccord n’interdit pas la justice ; il lui donne simplement un peu plus de voix autour de la table.
Le mot d’Eder
François Bayrou n’est plus maire de Pau, et la ville continuera sans lui, comme elle a continué après tous ceux qui se pensaient indispensables. C’est une saine leçon municipale. Pourtant, lorsqu’on racontera le Pau du début du XXIe siècle, son nom occupera plusieurs pages et pas seulement les notes de bas de page.
Nous autres Béarnais ne sommes pas obligés de lui dresser une statue. Il y en a déjà assez à nettoyer. Nous pouvons simplement lui accorder ceci : il a aimé ce pays à voix haute, parfois assez fort pour agacer, mais assez longtemps pour que la France sache enfin placer Pau autrement qu’entre Bordeaux et l’Espagne.
Sources
- Ministère de l’Intérieur — résultats des municipales 2026 à Pau
- Ville de Pau — présentation de la commune et du maire
- Gouvernement — biographie de François Bayrou
- Le Monde — douze ans de transformations municipales à Pau
- Pau Agglomération — Halles, Foirail et Fébus
- Académie de Béarn — parcours et ouvrages