Henri IV, un roi de France qui avait d’abord appris la vie en Béarn

Avant la couronne, il y eut Pau, Coarraze, une famille de souverains et un pays qui n’a jamais renoncé à rappeler son adresse de naissance.

Portrait dessiné d’Henri IV au fusain et à la craie, avec le château de Pau et un enfant évoquant symboliquement ses années béarnaises.
Une évocation d’Henri IV et de son enfance béarnaise, par Pèir.

À Pau, Henri IV possède un avantage sur bien des célébrités de passage : nous n’avons pas besoin de lui inventer un attachement au pays. Il y est né. Le reste de la France peut garder les batailles, les portraits officiels et les grandes phrases ; nous avons le château et cette petite satisfaction de savoir que le futur roi avait commencé chez nous. Je reconnais que l’argument revient souvent. Quand on tient une bonne histoire de famille, on ne la range pas au premier tiroir.

Un enfant de Pau, une enfance qui déborde le château

Henri naît dans la nuit du 12 au 13 décembre 1553 au château de Pau. Ses parents sont Jeanne d’Albret et Antoine de Bourbon. Il appartient, dès le berceau, à une famille dont les alliances dépassent largement l’horizon des Pyrénées. Le Béarn est son point de départ ; son avenir se joue déjà entre plusieurs cours.

Son enfance passe notamment par Coarraze, auprès du baron de Miossens. Puis son père le fait venir à la cour de France en 1561 ; il retrouve sa mère en Béarn en 1567. Le petit Palois n’a donc pas grandi éternellement sous les fenêtres où les visiteurs le cherchent aujourd’hui. Une enfance princière comporte davantage de déplacements qu’une promenade dominicale sur le boulevard.

Le berceau et la légende

Autour de sa naissance se sont installées les images que chacun connaît : la carapace de tortue, l’ail et le vin de Jurançon. Elles racontent une robustesse supposée, une éducation au grand air, une manière de devenir roi en gardant les pieds dans le pays. L’ail et le vin appartiennent au récit légendaire de sa venue au monde ; je préfère le préciser plutôt que de transformer une belle histoire en certificat médical.

Ce folklore montre comment les générations suivantes ont voulu se souvenir d’Henri : proche, solide, moins empesé que les souverains de galerie. Mais un berceau pittoresque n’explique ni une politique ni un règne. Le personnage devient plus intéressant dès qu’on accepte de sortir de la chambre natale.

De la Navarre à la France, une couronne difficile à porter

Henri devient roi de Navarre en 1572, puis roi de France en 1589. Entre ces deux couronnes, les guerres de Religion ont déchiré les fidélités. Son accession au trône français ne lui donne pas immédiatement un royaume pacifié : il doit encore imposer son autorité.

Il abjure le protestantisme en 1593, est sacré à Chartres en 1594 et entre dans Paris la même année. En 1598, l’édit de Nantes contribue à la pacification en organisant une coexistence religieuse encadrée. Ce compromis reste celui de son époque ; il ne faut pas lui prêter toutes nos libertés contemporaines.

J’aime chez ce roi le souci de recoudre un pays déchiré. Cela ne le rend ni irréprochable ni miraculeusement moderne. Notre affection gagne à supporter quelques nuances. Le Béarn peut être fier d’un homme sans lui distribuer un brevet de perfection.

Pourquoi Henri reste un peu de la famille

À Pau, son nom relie une adresse bien réelle à une histoire nationale. Un roi de manuel paraît lointain ; un homme né dans le château que l’on voit depuis la ville revient plus facilement à hauteur de conversation. Cette proximité nourrit aussi le tourisme, les images et les récits que nous transmettons.

Le Béarn n’explique pas à lui seul Henri IV, pas plus que sa naissance ne résume notre pays. Mais cette double appartenance donne à sa mémoire une profondeur particulière. Nous pouvons admirer le parcours et discuter la légende dans la même phrase. Entre nous, cela fait même une conversation plus intéressante.

Le mot d’Eder

En visitant le château de Pau, gardez les deux regards : celui qui savoure l’histoire du petit Béarnais et celui qui cherche à comprendre l’homme de pouvoir. Vous pourrez ensuite revenir vers Gaston Fébus, autre tempérament du pays, pour vérifier que nos vieilles pierres ont hébergé quelques caractères peu disposés à s’effacer.

Laissons aux portraits leur couronne et leurs grands cols. Moi, je retiens aussi qu’un lieu familier peut ouvrir sur une histoire immense. À Pau, il suffit parfois de lever les yeux vers le château. Les voisins ont leurs raisons d’être fiers ; nous leur souhaitons des conversations aussi bien fournies.

Sources et repères