Nay, la discrète qui a du métier

Entre le gave, les arcades et les anciennes fabriques, Nay ne joue pas à la grande ville. Elle préfère montrer qu’une petite cité peut avoir de la tenue, de la mémoire et un fameux coup de main.

Illustration de presse de la place centrale de Nay sous ses arcades, avec la Maison Carrée, le gave et un ancien ouvrier tenant un béret béarnais.

On traverse parfois Nay en regardant déjà vers Lourdes ou les sommets. C’est une erreur de gens pressés, donc une erreur assez répandue. La bastide mérite qu’on coupe le moteur, qu’on gagne la place centrale et qu’on laisse le gave remettre les idées dans le bon ordre. Nay n’a pas besoin de hausser la voix : son marché, ses maisons, ses ateliers et son béret parlent pour elle depuis longtemps.

Une bastide qui sait tenir sa place

Le cœur de Nay conserve la logique claire des bastides : une place, des rues régulières, des passages sous arcades et cette impression que la ville fut dessinée pour commercer autant que pour habiter. Le marché continue d’y jouer son rôle de rendez-vous. On vient pour remplir le panier, certes, mais aussi pour apprendre ce qui s’est passé depuis la semaine dernière — information locale non garantie par communiqué, mais souvent mieux commentée.

Cette place n’est pas un décor reconstitué. Elle reste un espace vécu, entouré de commerces et ouvert sur les rues de la cité. C’est ce qui donne à Nay sa mesure : du patrimoine, mais pas sous cloche ; de l’histoire, mais avec des chaises sorties devant les cafés.

La Maison Carrée, une Renaissance sans tapage

À quelques pas se trouve la Maison Carrée, dite aussi maison de Jeanne d’Albret. Le ministère de la Culture la décrit comme un édifice civil du XVIe siècle, organisé entre place, cour et jardin. Sa cour est bordée de galeries voûtées sur quatre niveaux, avec des éléments anciens de charpente, de balustrade, de plafonds et de cheminées encore conservés.

Le lieu rappelle que la Renaissance ne s’est pas arrêtée aux portes du Béarn. Ici, elle a pris une forme à la fois savante et pratique, élégante sans devenir précieuse. Les voisins pourront toujours aligner les façades pour la photographie ; nous avons une maison dont la cour suffit à faire lever la tête.

Le gave et la main ouvrière

Nay s’est développée au bord du gave de Pau et dans un territoire où l’eau, les échanges et les savoir-faire ont nourri l’activité. Le Pays de Nay porte une longue histoire industrielle : tissage, laine, fabrication du béret et travail de la chaussure y ont laissé des bâtiments, des machines et surtout une culture du geste précis.

Il ne faut pas raconter cette histoire comme si toute la vallée vivait encore au rythme des anciennes manufactures. Les activités ont changé, certaines usines ont fermé ou trouvé un autre usage. Mais la mémoire ouvrière demeure visible et donne à la ville une densité particulière. À Nay, un mur de brique ou une grande verrière ne sont jamais tout à fait anonymes.

Le béret est béarnais, qu’on se le dise calmement

Le Musée du Béret occupe justement une ancienne fabrique. Il présente les étapes de fabrication et une collection de machines anciennes, dont certaines fonctionnent encore pour la démonstration. L’Office de tourisme le présente comme l’unique musée du Béret au monde. Nous n’allons pas contester un titre pareil : pour une fois qu’un classement mondial tombe juste, profitons-en.

On l’appelle souvent « béret basque » loin d’ici. La coiffe est pourtant profondément enracinée dans le Béarn et le piémont pyrénéen. Nos cousins d’à côté ont eu le sens de la publicité ; nous avions déjà le produit. Voilà une querelle que l’on peut régler avec courtoisie, à condition de remettre le béret dans le bon sens.

Comment regarder Nay

Commencez un jour de marché si vous aimez les villes en mouvement. Faites le tour de la place et des arcades, puis entrez dans la cour de la Maison Carrée lorsqu’elle est accessible. Gagnez ensuite les bords du gave et poussez jusqu’au Musée du Béret. En quelques heures, on passe ainsi de la bastide marchande à la demeure Renaissance, puis de l’eau aux machines.

Nay constitue aussi un bon point de départ vers les villages du piémont et les premières vallées. Mais ne la réduisez pas à un sas entre Pau et la montagne. Une porte digne de ce nom mérite qu’on s’arrête devant elle — surtout lorsqu’elle possède un marché, une cour à galeries et assez de bérets pour coiffer une délégation entière.

Le mot d’Eder

Nay est belle parce qu’elle ne travaille pas trop à le paraître. Sa place fait son ouvrage, le gave poursuit le sien et les vieilles machines rappellent que l’élégance locale commence souvent par un métier bien appris. Les villes discrètes ont cet avantage : elles laissent aux visiteurs le plaisir de croire qu’ils les ont découvertes tout seuls.

Pour continuer le chemin : Oloron, ville d’eau et de passage et Salies-de-Béarn, la ville dessinée par le sel.

Sources