Lescar, la ville couronnée qu’on oublie trop vite

Elle a donné son nom au Béarn, abrite les derniers souverains de Navarre et regarde les Pyrénées depuis deux mille ans. Tout cela à quelques virages de Pau, qui pourrait parfois saluer son aînée.

Pour arriver dans le vieux Lescar, il faut quitter la plaine commerciale et prendre la côte. Quelques lacets suffisent. Les enseignes disparaissent, la rue se resserre et la cathédrale surgit avec cette tranquillité propre aux monuments qui n’ont plus rien à prouver. En bas, Pau poursuit ses affaires. En haut, Lescar garde deux millénaires sous ses semelles et ne juge pas nécessaire d’en faire une campagne d’affichage.

Avant le Béarn, il y eut Beneharnum

Au Ier siècle, une cité gallo-romaine se développe dans la basse ville actuelle. Elle porte le nom de Beneharnum, tiré du peuple des Venarni. Le mot traversera les siècles jusqu’à donner son nom au Béarn. Lescar n’est donc pas seulement une ancienne ville du pays : elle se tient près de son acte de naissance.

Après les bouleversements du haut Moyen Âge, la ville remonte sur l’éperon. Elle se protège derrière ses remparts et devient une grande cité épiscopale. Ce passage de la plaine à la hauteur se lit encore dans le paysage. On peut presque suivre l’histoire en montant, ce qui est une manière assez béarnaise de rappeler que la mémoire demande parfois un petit effort dans les mollets.

Une cathédrale pour les rois de Navarre

Notre-Dame-de-l’Assomption est construite entre la fin du XIe et la première moitié du XIIe siècle, puis consacrée en 1145. Sa large nef, ses piliers, ses chapiteaux sculptés et son abside disent le roman sans bavardage. L’édifice accueillit aux XVe et XVIe siècles les sépultures des derniers souverains de Navarre, notamment les grands-parents d’Henri IV.

Pau possède le berceau du roi ; Lescar conserve une part de sa famille. Les deux villes pourraient se disputer la couronne, mais il serait dommage de troubler la sieste des souverains. Disons simplement que l’histoire de la maison d’Albret ne tient pas tout entière dans les salles du château de Pau.

Le petit chasseur qui vole la vedette

Dans l’abside, une mosaïque du XIIe siècle raconte des scènes de chasse. On y voit des animaux, des chasseurs et surtout un personnage maure dont la jambe droite est appareillée. Cette figure, redécouverte lors de travaux au XIXe siècle, est souvent présentée comme l’une des plus anciennes représentations occidentales d’une prothèse.

Il faut s’approcher pour la trouver. C’est tout Lescar : un trésor n’y court pas après le visiteur en agitant les bras. Il attend qu’on regarde correctement. Le petit chasseur est devenu l’emblème de la cité, preuve qu’une silhouette vieille de neuf siècles peut encore avoir davantage de personnalité que bien des mascottes modernes.

Des remparts aux pas des pèlerins

Autour de la cathédrale, la promenade passe par les ruelles, la tour-prison, le jardin médiéval, les vestiges des remparts et le musée installé face à l’édifice. Au sud, le regard descend vers la plaine du gave avant de rencontrer la chaîne des Pyrénées. Ce balcon-là n’a peut-être pas la longueur de celui de Pau, mais il avait la vue bien avant lui.

Lescar demeure aussi une étape de la Via Tolosana, sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Les marcheurs y trouvent encore un refuge derrière la cathédrale. Leur passage rappelle que la cité n’est pas un décor fermé : depuis des siècles, elle voit arriver des inconnus, leur offre une halte et les laisse repartir vers le Somport.

Une ville entière, pas seulement une vieille pierre

Réduire Lescar à sa cité historique serait pourtant une autre manière de mal la regarder. La commune contemporaine vit entre quartiers résidentiels, écoles, activités, circulation et grande zone commerciale. Le contraste est brutal par endroits. C’est aussi ce qui rend la montée vers le vieux bourg si parlante : ici, l’Antiquité, le Moyen Âge et le samedi après-midi des courses se partagent la même adresse.

Cette coexistence pose une question utile à tout le Béarn : comment grandir sans rendre son histoire invisible ? Lescar n’a pas toujours trouvé la réponse parfaite, mais son centre ancien tient bon. Les travaux engagés pour sauver la cathédrale des infiltrations rappellent que le patrimoine ne se conserve pas avec de la nostalgie seulement. Il lui faut des couvreurs, de l’argent, du temps et des habitants qui pensent que cela vaut la peine.

Le mot d’Eder

Lescar souffre d’être trop proche de Pau. On la traverse, on y fait ses courses, on promet de monter voir la cathédrale un dimanche, puis l’on remet cela au suivant. Mauvais calcul. Il faut pousser la porte, chercher le petit chasseur dans la mosaïque, longer les remparts et regarder la plaine depuis la hauteur.

On comprend alors que la ville couronnée n’est pas une banlieue qui aurait gardé quelques vieilles pierres. Elle est l’un des endroits où le Béarn a commencé à porter son nom. Pau peut bien avoir le boulevard, le château et davantage de terrasses : devant son aînée, un petit salut ne lui enlèverait rien.

Pour prolonger la promenade : le château de Pau, Oloron et ses deux gaves, et Orthez, l’ancienne capitale.

Sources