La Belle Époque paloise et les hivernants anglais

Ils venaient pour la saison ; leurs habitudes ont laissé des traces beaucoup plus durables.

Des traces de chaussures dans un sol hivernal se fondent progressivement dans une allée durable, puis dans un jardin, une grille et un pavillon de verre volontairement génériques.
Illustration symbolique : Pèir.

Venir à Pau pour passer l’hiver : l’idée a de l’allure. Elle demande aussi une certaine confiance dans le ciel béarnais, lequel n’a jamais signé de contrat d’ensoleillement. Au XIXe siècle, pourtant, des Britanniques, puis une clientèle internationale, choisissent de longs séjours ici. Leurs villas, leurs loisirs et leurs lieux de rencontre ont contribué à dessiner une ville dont nous habitons encore les contours.

La villégiature commence avant la Belle Époque

Il faut d’abord remettre les événements dans l’ordre. La réputation de Pau auprès des visiteurs britanniques se développe dès les premières décennies du XIXe siècle. La Belle Époque n’en est pas le point de départ : elle hérite d’une dynamique déjà ancienne.

En 1842, le médecin écossais Alexander Taylor publie un traité vantant l’influence du climat palois sur la santé. Ce discours contribue à la notoriété de la station d’hiver. Je le prends comme un document de son temps, pas comme une prescription à ressortir aujourd’hui. Les Pyrénées peuvent faire beaucoup pour notre regard ; je ne leur demanderai pas de remplacer un médecin.

Un hivernant n’est pas simplement un voyageur de passage. Il s’installe pour une saison, avec du temps, des moyens et des habitudes. L’arrivée du train en 1863 facilite l’accès à Pau. Peu à peu, la ville aménage son accueil et ses distractions. C’est une autre échelle que celle d’un week-end où l’on voudrait faire tenir le château, trois vallées et un repas de quatre heures.

« Anglaise », oui, mais pas seulement

La formule « Pau, ville anglaise » dit bien une influence. Elle ne doit pas enfermer tous les visiteurs dans le même passeport. L’office de tourisme évoque aussi les communautés américaines, russes et prussiennes, ainsi qu’une aristocratie internationale. Les Britanniques jouent un rôle majeur sans être les seuls à trouver notre horizon fréquentable.

Cette villégiature est socialement privilégiée. Je ne confonds pas les moyens de quelques résidents fortunés avec la vie de toute la population. Un palace raconte une clientèle ; il ne raconte pas, à lui seul, tous ceux qui vivent autour. Cela n’enlève rien à sa beauté. Cela évite seulement de prendre la façade pour le portrait complet de la ville.

Pour des trajectoires et des rencontres documentées, notre chronique sur les visiteurs illustres de Pau ouvre une autre porte. Ici, je m’intéresse surtout à ce qui reste quand les visiteurs repartent : une forme de quartier, une promenade, un terrain de sport, un bâtiment transformé.

Les villas donnent de la place au paysage

À Trespoey, la villa Nitot offre un exemple précis : construite en 1890, elle associe notamment une tour néogothique, un bow-window et des galets du gave disposés en épis. San Carlos, construite dès 1862, rappelle à son tour que toutes les demeures de cette histoire ne datent pas de la même période.

J’aime ces détails parce qu’ils déjouent une idée trop simple de la « maison anglaise ». On y rencontre des références variées, des matériaux locaux et une mise en scène du panorama. La montagne n’est plus seulement le fond de l’image : elle participe à la manière de choisir un emplacement et d’habiter.

L’inventaire régional explique que les quartiers de villégiature associent habitat, jardins, voirie et équipements de loisirs. Voilà le véritable changement d’échelle. Il ne s’agit pas seulement de bâtir de belles maisons, mais de composer autour d’elles des espaces et des parcours.

Pour les observer, le parcours des villas proposé par Pau Pyrénées Tourisme donne des repères. Plusieurs demeures ont changé d’usage ou sont divisées en logements. Admirer depuis la rue ne donne évidemment pas le droit d’entrer : un portail, même très élégant, reste un portail.

À Billère, le loisir prend ses règles

Le Pau Golf Club est fondé en 1856 sur des terrains loués à Billère, le long du gave. Ses fondateurs britanniques s’inspirent de l’organisation de St Andrews. Le club conserve cette histoire sur son site officiel, avec ses règlements et l’importance accordée à l’étiquette.

Ce détail me plaît : nos hôtes ne venaient pas seulement admirer la montagne. Ils apportaient aussi leur manière d’occuper le temps et de se retrouver. Le loisir devenait un équipement durable. Pour un pays dont on célèbre volontiers le caractère, il est assez réjouissant de constater combien une habitude venue d’ailleurs peut finir par faire partie du décor local.

Je n’y vois pas une identité qui se dilue. J’y vois une ville qui se transforme par ses relations. Être fier du Béarn n’oblige pas à prétendre que chaque bonne idée y serait apparue spontanément, un matin, au pied d’un cèdre.

Beaumont, une saison mondaine devenue lieu de ville

Le palais d’hiver, actuel Palais Beaumont, est inauguré en 1898. Il réunit alors des espaces de jeux, de spectacles et de restauration, avec un grand jardin exotique couvert. Aujourd’hui centre de congrès, il montre comment un bâtiment peut changer de fonction tout en gardant le souvenir de l’accueil et des rencontres.

Le parc et le palais prolongent naturellement la découverte du boulevard des Pyrénées. Je vous propose de commencer par ce belvédère, de faire halte à Beaumont, puis de garder Trespoey pour une seconde partie de promenade si vous en avez le temps et l’envie. Billère et son golf constituent une autre entrée dans l’histoire, pas une étape à ajouter coûte que coûte.

Le bon itinéraire n’est pas celui qui épuise une liste. C’est celui qui permet de remarquer une fenêtre, la place laissée à un arbre ou la façon dont un jardin ouvre vers les sommets.

Un héritage à habiter, pas à conserver sous cloche

La Belle Époque nous a laissé des formes qui se voient encore. Elles n’ont pas toutes le même âge, et leurs usages ont continué d’évoluer. C’est ce qui m’intéresse : retrouver une histoire sans exiger que la ville joue éternellement la même scène.

Nous ne sommes plus le salon d’hiver des seuls visiteurs fortunés. La promenade, elle, reste une bonne invitation à regarder Pau autrement. Et si nos anciens hivernants ont reconnu quelque mérite à ce paysage, accordons-leur cette clairvoyance. Pour le temps qu’il fait, en revanche, les réclamations sont toujours à déposer directement auprès des nuages.

Pour lire et préparer la promenade